Lettre T
Ta,
tap Bouchon,
tampon. Tabernacle Qualifie un individu
insupportable par sa lourdeur, son apathie : « Un
tabernacle pareil ! ». Tâcher
moyen Renforcement
pléonastique du verbe tâcher,
c'est-à-dire essayer de, faire en sorte que, faire
des efforts pour venir à bout de. Exemple : «
Tâchez moyen de terminer ce travail ! ».
« Et tachez moyen d'écouter un peu ce que je
dis - que vous en ayez pour votre argent !
». Tafanàri Désigne un fessier,
surtout quand il est d'importance (de l'argot
français tafanard). Un tafanàri
comme l'Arc de Triomphe, ou comme la Porte
d'Aix. Tail (n.m.) Entaille, incision dans un
terrain, à partir de laquelle on entame un
bêchage, une récavade (du prov. tai,
tranchant, fil d'une lame). Taille-cèbe
(n.m.) Appellation familière
de la courtilière ou taupe grillon, insecte
orthoptère ensifère qui creuse des galeries et
se nourrit de vers, insectes ou racines (prov.
taio-cebo, c'est-à-dire : qui coupe les
oignons). Taillole En Provence,
ceinture de laine avec laquelle les hommes retiennent leur
pantalon (prov. talholo, taiolo). Tambour Nom familier d'un poisson de
mer (Umbrina cirrosa), ainsi nommé en raison
des claquements qu'il produit avec sa queue lorsqu'il est
capturé. Tanos Plume naissante d'un oiseau
(prov. tano) et, par extension, poil en formation,
bulbe durci qui dépasse de la peau d'un visage, grain
de beauté sur lequel quelques poils ont
poussé. Tanquer Planter, enfoncer, planter
(un objet pointu dans le sol, dans un support).
Pétanque vient de pèd, pied,
et tanca, fixé au sol. (cf. claver). Autre
sens : attendre, faire le pied de grue. « Elle est
venue, mais elle m'a fait tanquer plus d'un heure !
». Tant Conjonction de coordination
qui introduit une supposition, comme dans : « il est
bien possible que... », ou « si ça se
trouve,... ». « Tant, il arrive que demain
! » (sens du prov. tant). Tant peut avoir
également le sens de si, ou de aussi :
« Marche pas tant droit, jeune, tu vas te
casser ! », ou encore : « Fai te
vèire ! » « Pas tant couioun
! » (Pas si bête !). Tante Rose Euphémisme pour dire
qu'une femme a ses règles. On disait aussi, en
imitant le cri du coq, comme un cocorico prolongé :
« Tante Rose ! La poule a fa l'uou
». Tapé,
tapet Escargot,
limaçon (Helix aperta) dont la coquille est
fermée par un mucus blanchâtre épais
pendant l'hibernation, (du prov. tap, bouchon ; du
moyen fr. taper, boucher) et qui donnait d'excellents
plats pour l'aïoli. Tapenié Câprier
(Capparis spinosa), arbuste de la famille des
capparidacées, qui produit la tapène
(câpre), bouton à fleur du tapenié qui
se confit dans du vinaigre et sert de condiment. Taper des mains Expression parfois
préférée à applaudir, que
d'aucuns jugent trop savante... Taquet Violent coup de poing,
gifle, ou coup de pied. Il lui a balancé un de ces
taquets ! (cf. prendre à la
châtaigne). Taradèu,
aladèr Filaire ou
philaria, arbrisseau thès commun de la garrigue.
L'espèce philaria à feuilles étroites
(Phillyrea angustifolia) est l'aladèr
mascle ; l'espèce à larges feuilles est le
gros aladèr. Tarente (n.f.) Gecko, sorte de
lézard aux yeux gloguleux et aux pattes munies de
ventouses, qui peut se déplacer sur les surfaces
verticales et lisses, d'une espèce commune dans le
sud de la France (genre Tarentola). Targue (Du prov.
targo, bouclier échancré à
droite pour laisser passer la lance, plastron de jouteur).
Joute sur l'eau, divertissement usité en Provence.
A gagna la targo - Lou patron Vincent - Emé sa
lancette - N'a fa toumba cent... Tartifle
(n.m. ou n.f.) Topinambour.
Dans d'autres régions, c'est la pomme de
terre. Tassèu Emplâtre, topique ;
soufflet sur la joue ; tasseau, morceau de bois qui sert
à soutenir une étagère ; importun,
personne lourde et indolente qui n'est bonne à
rien. Tasta Goûter,
déguster ; tâter, toucher, palper. Les
élèves de Martini assaillaient autrefois
Pierre la Chique, le marchand de sucreries, en lui criant :
« Pierré ! Fai tasta ! ». Alors
notre personnage se déchaînait et se
répandait en invectives amères et
s'écriait en provençal : «
Garça mi lou camp, capoun de bouan diou !
». Tavan Taon, grosse
mouche et parfois bourdon, grosse abeille, hanneton, etc.
Ainsi, le tavan merdassier désigne, soit le
bousier (Ateuchus sacer), soit la mouche à
merde (Lucilia Caesar) (et au figuré, un
emmerdeur). Tchiapacan,
chapacan Employé de la
fourrière ou la fourrière elle-même. Ce
terme (du prov. achapa, attraper, et can,
chien ; ou du piémontais ciapa can)
désignait autrefois un individu un peu marginal qui
vivait du commerce des chiens qu'il attrapait dans les rues
et revendait pour leur peau. Par extension, clochard, bon
à rien : Etre habillé comme un
tchiapacan. Tchoi Appellation familière
impersonnelle (cf. bicou). A pétanque, au
tireur : « Vas-y ! Tchoi, lève-la de bon
coeur ! ». Tè
! Tiens !
Regarde ! Prends ! (Impératif du verbe teni,
et exclamation de surprise). Ah ! tè peut
aussi avoir le sens de adieu ! (ah ! tè espargno
: adieu mes économies) ou signifier à un
enfant que quelque chose d'intéressant à
regarder (train, auto, etc.) vient de passer, que c'est fini
: Ah ! tè. Tencho Teinte,
teinture : Faire la tencho : tremper les filets de
pêche dans une dissolution d'écorce de pin
broyée (rusco) pour les préserver de
l'action corrosive de la mer. Moulin à tencho,
cf. moulin à rusco. Tenir Pour un commerçant,
ne pas le tenir correspond à se vendre
bien. « Vous vouliez de ce rosé de
Provence ? Je ne le tiens pas ! ». Au contraire,
je n'en tiens pas, signifie : je ne fais pas cet
article. Terrailles Poteries,
objets en terre, vases de terre, vaisselle de terre (mot
francisé du prov. terràio). Terraioun Terrassier. Le terme
désigne également la courtilière, ou
taupe-grillon, gros insecte orthoptère fouisseur et
nuisible aux cultures. Testard, testo d'aï,
testoun Têtu,
entêté opiniâtre, tête d'âne
(du prov. testo, tête). Un parent
d'élève avait francisé le mot en disant
au maître : « Eh ! Oui ! Mon petit, il est
têtard ! ». Le substantif correspondant
(entêtement) est la testardise. Tèste-negro Fauvette à tête
noire, oiseau passereau du genre Sylvia. Thonaille,
tounaio Filet dérivant
dédié au thon (cf. madrague). Tian Grand plat de terre large et
peu profond, terrine, écuelle sans oreilles. Terme
autrefois utilisé pour la bassine où l'on
faisait manuellement la vaisselle. « Le tian est
sur la pile ». Tible Truelle, outil de
maçon (prov. tiblo) ; son contenu : une
tible de mortier. Tina,
tinèu, tino Cuve,
cuvier, cuveau, notamment cuve à faire le
vin. Tintaine Tintoin, tapage, tracas,
débauche, veille (du prov. tintèino,
tintaino, de l'espagnol titiritaina, bruit de
flûtes, et du bas latin tintinnum, sonnettes).
Faire tintaine, c'est faire la débauche, faire
du bruit ou être sur pied toute la nuit. Faire
tintaine s'applique aussi à une personne
agitée ou qui se retourne souvent pendant son
sommeil, ainsi qu'à un nourrisson qui passe une nuit
agitée, qui pleure, qui cluisse. Tintaine Petite échelle qui
sort de l'arrière du bateau des jouteurs sur laquelle
ils se tiennent debout pour combattre ; joute sur l'eau (du
provençal tintèino ou
tintèno, de l'italien tintenna, "en
vacillant". Tiragasso Salsepareille d'Europe,
salsepareille rude (Smilax aspera) : liane-arbrisseau
épineuse à fleurs odorantes et à fruits
rouges en grappes, qui bloque souvent toute progression dans
les sous-bois (cf. aglariat, rin vierge). Tirasse-pute Moto (du prov.
tirassa, traîner, tirer après soi). (Les
premières motos étaient ainsi appelées
par les honnêtes gens que ces engins
dérangeaient - et qui considéraient que les
filles s'y laissant emmener étaient
nécessairement de moeurs suspectes). Tiro-puou
(à) Faire quelque chose à
tiro-puou (ou à tiro-péu),
« à tire-poil » : faire quelque chose en
vitesse, à temps perdu, sans prendre le temps de
fignoler, bâcler son travail. Pourrait provenir(?) de
l'expression jeter quelque chose a tiro-péu,
c'est-à-dire jeter quelque chose à la
gribouillette (à condition qu'on puisse tirer les
cheveux de celui qui s'en empare), ce qui se fait dans les
baptêmes lorsque le parrain jette de l'argent ou des
dragées. Es a tiro-péu, on se
l'arrache. Titè
(n.f.) Poupée,
petite fille fort parée, cocotte, fille de moeurs
suspectes. Toc, tock Gros morceau. « T'as pas un tock
de bois ? ». Pourrait provenir du provençal
toc, to, toco, toqui, qui signifie notamment masse,
gros morceau : un to de ferre. Tomber En Provence, tomber
connaît un emploi transitif direct au sens de
laisser tomber ou faire tomber. Cette "faute
de français" demeure encore fréquente : «
Si tu tombes ta tirelire, tu la casses !
». Torpilleur Véhicule,
tonneau de vidange (cf. bouto) monté sur deux
roues, destiné à la collecte du contenu des
toupines. Véhicule hippomobile au XIXe
siècle, il devint un engin motorisé dans les
quelques années qui précédèrent
la mise en service de l'Émissaire commun. Pourquoi le
torpilleur ? Probablement parce qu'on le fuyait comme
un navire aurait fui face à la menace d'une torpille.
La puanteur que répandait ce véhicule
constituait une telle agression qu'on le considérait
comme un danger redoutable, surtout quand il venait à
la rencontre d'un piéton. Ce dernier n'avait d'autre
recours que de tourner les talons, en pressant son mouchoir
sur ses narines. On disait alors : « Attention,
ça torpille ! ». Tòti Butor, gros imbécile,
niais, gauche, emprunté (du prov. tòti,
souche, et, par extension, pantin immobile) (cf.
babalu, caffalo, darnagas, estordi,
fada, etc.). Tóulisso,
téulisso (n.f.) Toiture, toit, couverture de
tuiles. Tóulissié,
téulissié Moineau, pierrot, ou
toiturier commun, oiseau passereau du genre Passer
(cf. gnotti). Toupin Récipient,
généralement pot de terre cuite muni d'un
couvercle, utilisé notamment pour le lait ou pour
préparer et tenir au chaud les aliments, les tisanes,
etc. Les plats et les toupins étaient curés
jusqu'à la dernière miette.
Le
toupin désignait aussi le pot de chambre
individuel que l'on transvasait dans la toupine
familiale.
Etre sourd comme un
toupin qualifie la surdité profonde. Toupine Pot de terre
à deux anses (prov. toupino), usité
à l'origine pour mettre de l'huile, du miel, des
olives ou de la graisse, petite jarre. Pour les
Provençaux de vieille souche : récipient en
terre cuite, de quelque trente à quarante
centimètres de haut, en forme d'urne fortement
ventrue dans sa partie centrale, reposant sur une embase
circulaire d'environ quinze centimètres de
diamètre, et ouvert largement vers le haut. Cette
ouverture étant bordée et renforcée par
un bourrelet dont la forme rappelle les contours d'une
bouche lippue, l'expression avoir des lèvres comme
un rebord de toupine était d'un usage courant
chez nos anciens. Son usage se répandit un jour en
Provence comme seau hygiénique, surtout chez les
citadins (qui n'avaient ni tas de fumier, ni
pàti dans un jardin). Toupinier C'est ainsi
qu'on nommait le préposé à la vidange
des toupines, celui qui conduisait le torpilleur. C'est
moi le toupinier... Qui dans tous les quartiers... Fais mon
petit métier... Et sans faire péter le
bédélé... Je vide tous les jours des
toupines... J'en ramasse des tas... J'en trouve à
chaque pas... (chanté autrefois à
l'Eden-Théâtre). Tourdereau Variété
de rouquier, poisson qui fréquente uniquement les
côtes rocheuses, comme le labre paon ou le
crénilabre. Tourdre
(n.m.) Oiseau
passereau du genre Turdus : la grive et ses
différentes espèces : draine, tourd, mauvis,
litorne. Les vieux provençaux avaient
surnommés les Corses Li Tourdre (du latin
turdus, grive) par comparaison aux oiseaux
migrateurs. Tourner Mélanger (par
exemple, le sucre dans le café). « Tè,
le café ! J'ai mis deux grains de sucre, t'as plus
qu'à le tourner ». Tousque Touffe isolée
d'arbres, d'arbustes ou de buissons ; cépée,
fourré (prov. tousco). Les tousques des
Terres Gastes. Toussihoun (n.m.) Petite toux, toux
sèche, toux chronique. Tout ! Tout ! (à la fin
d'une énumération) signifie, en mauvaise part
: tout ce qu'il est possible de faire, la totale, quoi !
« Il l'embête en classe, il lui envoie de
l'encre, il lui casse ses crayons, il lui coupe ses gommes,
tout ! ». Egalement, en fin de phrase, signifie
tout ce qu'on peut imaginer : « J'avais un cor
superbe... Sensible et tout... Je savais le temps
trois jours à l'avance » (Marcel Pagnol,
César). Tóutenière Calamarette, ustensile pour
la pêche aux calmars (prov. tóuteno), ou
autres céphalopodes : Faisceau de gros
hameçons réunis par leur partie droite (cf.
roumagnole). Tóuteno Calmar, encornet,
espèce de mollusque que l'on mange farci d'herbes.
Tóuteno est également un qualificatif
injurieux. Train coquin Grand tracas,
remue-ménage, tapage d'enfer (prov. trin
couquin, trin dóu diable) (cf.
l'expression française le diable et son train
?). Traviole Rue transversale,
généralement étroite ; chemin de
traverse. De traviole : locution adverbiale
signifiant de travers (cf. de
biscànti). Treize Treize reste raide !
Expression utilisée notamment à la
pétanque, dérivant du fait que le chiffre 13
porte malheur : lorsque la mène est en 15
points, on considère que celui qui atteint le score
de 13 (qui est donc tout près de la victoire) n'ira
pas au delà et sera battu. Tremblant Chez nous, être
tremblant, ce n'est pas être un trembleur, c'est
au contraire être intrépide, vaillant,
courageux, dur à la tâche. « Nautres,
lei Beaussetans, sian tremblants ! ». Trente et un, trente
deux Trente et un, trente
deux, le dernier ferme la porte. Expression dont
l'origine est discutée mais qui tend à
signifier : rien n'a d'importance, qui vivra
verra. Tressusa, trassusa,
tressuda Suer à grosses
gouttes, transpirer, transsuder. On trouve d'ailleurs ce
verbe dans le roman transsusar, l'espagnol
trasudar, l'italien trasudare. La francisation
de ce verbe a donné lieu à l'expression «
il me prend les trois sueurs ». Tressusour Sueur abondante, sueur
froide, sueur de la mort. D'où les expressions la
tressusour me pren (l'angoisse me prend), faire veni
la tressusour (mettre dans des transes
mortelles). Trimard Vagabond, chemineau, ouvrier
qui va de ville en ville pour chercher du travail. [N.B.
en argot français, le trimard c'est la route, alors
que le vagabond c'est le trimardeur]. Trinque
(n.f.) Outil du
jardinier ou de l'escavenier : sorte de houe à
lame courbe (prov. trinco, trenco). « Une
large trinque, son outil de travail, permettait
à l'escavenier de remuer d'énormes
masses de vase ». Voir aussi béchard, ou
magaou. Trissoun Pilon. On
tassait les grappes de raisin dans les cornues, sans les
écraser tout à fait, au moyen d'un gourdin
très épais à une
extrémité appelé trissoun (de
l'occitan trissa : triturer, piler, broyer,
fouler) Trois Terme associé
à quelque chose d'excessif, énormité.
« Elle dit de ces trois de choses devant ses
enfants ! ». Vient probablement de la
déformation du prov. tros, morceau, fragment,
tranche, qui exprime certains superlatifs, comme dans
tros d'omo (gros homme), tros de couquin
(fieffé coquin), tout d'un tros (sans
façon). Trois-pieds Trépied (du prov.
trespèd, de tres, trois, et
pèd, pied). Trois sueurs Les expressions « il
me prend les trois sueurs » ou « j'en ai
les trois sueurs », n'ont rien à voir avec
le chiffre trois mais proviennent de la déformation
du verbe provençal tressusa (ou
trassusa, tressuda, etc.) qui signifie : suer
à grosses gouttes, transpirer, transsuder. Trompe-couillon Equivalent du
français attrape-nigaud. Tron Coup de
tonnerre, foudre, détonation (prov. troun). A
l'origine de nombreux jurons provençaux très
usités : tron de Dièu, tron de pas
Dièu, tron de l'air, tron de sort, etc. Un
tron de l'air, c'est aussi un enfant
particulièrement insupportable, un vrai démon
(cf. couquin de Dièu ). Tronche
d'àpi En provençal,
àpi signifie le céleri, mais tronche
d'àpi ! est une insulte. Trouner Tonner, faire des tonnerres
(prov. trouna). Trueio (n.f.) Truie, laie, coche ; femme
trop grasse, paresseuse, salope. La trueio a fa un
porquet... n'a fa un, n'a fa dous, n'a fa tres
! Trufer Railler, se moquer (prov.
trufa) ; tromper, tricher. Il a trufé son
père au jeu de cartes ! Tuber Fumer (prov.
tuba). Tueis, tueï If [et non thuya],
arbre de la famille des taxacées (Taxus
baccata). Tutane Nom d'un certain arbre (?),
probablement employé naïvement pour
platane.![]()
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© Jean-Claude Autran 2009